Emel Mathlouthi en rappel

Samedi soir le 5 novembre, la 5e salle de la Place des Arts vibrait au son, aux mots et aux mouvements des artistes tunisiens. La Tunisie veut…, concert de la programmation du Festival du monde arabe, faisait place à deux créateurs de ce pays du Maghreb qui a vu s’amorcer la révolution arabe il y a bientôt un an: d’abord le danseur et chorégraphe Imed Jemaa, ensuite la chanteuse, mais aussi auteure-compositeure Emel Mathlouthi. Un spectacle en deux temps donc, mais avec un fil conducteur bien défini: poursuivre, à travers l’art, le mouvement de révolte et de revendication qui secoue actuellement le monde arabe.

En ouverture de la soirée, Jemaa a offert une performance de danse contemporaine qui a su ébranler même les plus néophytes (et je suis du nombre). Je ne me permettrai pas une critique exhaustive, trop peu familière avec ce type de performance, mais je soulignerai l’efficacité de l’enchaînement des numéros, tantôt supportés par une captation sonore en milieu urbain (foule de militants, agitations populaires, voire détonations de fusils), tantôt accompagnés de pièces instrumentales ou chantées, et parfois exécutés dans un silence complet. L’abstraction de plusieurs mouvements de danse était contrebalancée par des accessoires à la symbolique très forte comme ces pancartes noircies de slogans en arabe avec le drapeau tunisien. La performance s’est terminée sur une projection d’images de la révolution en Tunisie; une finale qui m’a semblé un peu abrupte dû à un enchaînement plus ou moins ficelé avec le précédent numéro de danse. Mais, somme toute, Imed Jemaa a offert une intense prestation, tant au niveau purement physique (30 minutes de solo) qu’aux niveaux expressif et symbolique.

Après l’entracte, Emel Mathlouthi s’est présentée sur scène, accompagnée de deux musiciens (violon et percussions), et elle a alterné entre répertoire personnel et reprises. Des pièces quasi exclusivement en arabe, mais dont l’artiste prenait soin de toujours expliquer la genèse et d’offrir, autant de possible, de brèves traductions. Si son corps trahissait sa nervosité en début de performance, sa voix n’a par ailleurs jamais laissé entendre un manque de contrôle. Après avoir rendu hommage au peuple kurde et au peuple tunisien en chansons, Mathlouthi a proposé l’une de ses compositions, écrite en 2009 pour Che Guevara et désormais adressée à tous ces gens qui se sacrifient pour leur peuple; le ton de la soirée était dès lors donné et les chansons de nature contestataire, voire révolutionnaire, n’ont plus cessé. Avec une énergie «brute» qui semblait d’ailleurs un peu à l’étroit dans cette formule acoustique, Emel Mathlouthi a su voyager entre plusieurs genres musicaux, passant de chants traditionnels tunisiens à des compositions personnelles plus rock, et bifurquant même vers le folk avec un medley de Bob Dylan, un «hommage à ses racines» a-t-elle précisé.

Peut-être ce concert aurait-il gagné à être resserré en termes de minutage, car quelque quinze pièces sans entracte et une mise en scène plus ou moins affirmée peuvent avoir raison de la concentration et de l’écoute pleinement attentive de l’auditoire. Mais, l’auteure-compositeure-interprète et ses deux solides musiciens (coup de cœur pour le violoniste dont le jeu tant lyrique que rock était très convaincant) ont offert une très bonne performance musicale. Et, ce qui ressort le plus de toute cette soirée, c’est la force d’attraction d’une jeune artiste dont la proposition artistique est déjà tout à fait personnelle et assumée.

Pour celles et ceux qui regretteraient de ne pas avoir été à la 5e salle de la Place des Arts hier, vous aurez la chance de vous reprendre dès ce soir avec l’évènement Let My People Grow , de 19h à 23h au 1455 Boulevard de Maisonneuve Ouest. Cette soirée caritative à caractère multidisciplinaire promet la venue d’un invité musical spécial… Vous l’aurez deviné, il s’agit d’Emel Mathlouthi! Les billets sont 15$ pour le grand public et 10$ pour les étudiants.

Finalement, le FMA se poursuit pour une semaine encore et propose non seulement plusieurs autres concerts, mais aussi d’intéressantes conférences dont un séminaire intitulé Printemps arabe: Origines et perspectives qui débute aujourd’hui même à 14h au Studio théâtre de la PdA.

*Images fournies par le FMA 2011

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~ par lemondedansmesoreilles sur novembre 6, 2011.

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