Le raï – quelques points de repère

Cette semaine, la chronique avait pour décor l’Algérie le temps d’un très bref survol de l’histoire de la chanson populaire qu’est le raï. Ce panorama se voulait une simple incursion dans ce genre musical afin de susciter l’envie d’en apprendre (et d’en entendre) davantage… Certaines omissions ont donc été obligées; mea culpa aux fervents et fins connaisseurs.

Le raï, chanson populaire algérienne, a pris forme à Oran et dans l’Ouest de l’Algérie. Si l’on s’en tiendra ici à quelques repères propres au XXe siècle, il importe de dire que le raï puise ses sources dans certaines formes littéraires et musicales vieilles de plusieurs siècles. À titre d’exemple, le melhoun, poésie chantée basée sur le système des modes de la musique arabo-andalouse, date du XIIe siècle.

La première moitié du XXe siècle coïncide avec une époque où les artistes féminines jouent un rôle important: il y a les meddahates, orchestres féminins se produisant uniquement devant des femmes, mais aussi les cheikhas, chanteuses et danseuses qui divertissaient les hommes dans les cafés. Cheikha Rimitti, artiste itinérante, est un personnage emblématique de ce courant: elle est considérée comme la «mère» du raï, son répertoire ayant été repris, voire pillé par plusieurs artistes populaires.

De ses débuts jusqu’à aujourd’hui, le raï en Algérie a oscillé entre deux pôles: tantôt très écouté et diffusé, il a périodiquement été l’objet de censure, se voyant banni des ondes par l’État. Ces revirements de situation ont souvent été imputables au contexte politique de l’Algérie. Par exemple, l’indépendance du pays en 1962 a eu pour conséquence plusieurs réformes culturelles et, devant les textes souvent crus du raï, textes qui traitent essentiellement de la réalité de la classe populaire (amour, violence, alcool, sexe…), on a voulu assainir les mœurs en condamnant ce genre musical. La fin des années 70 et la décennie 80 ont permis un retour massif du raï grâce à la cassette analogique, objet de démocratisation et de diffusion par excellence pour une musique populaire de ce type. Se sont tranquillement ajoutés des instruments comme le synthétiseur, la guitare électrique, la trompette (à noter ici l’influence du multi-instrumentiste Bellemou Messaoud dans l’élaboration d’un raï plus «moderne»). Or, un autre épisode sombre attendait le raï pendant la guerre civile des années 90, puisqu’on l’a à nouveau proscrit bien qu’il était devenu très populaire et qu’il connaissait même une percée à l’international.

Cette percée a commencé en France, notamment grâce au Festival de 1986 à Bobigny, 1er évènement du genre consacré à cette musique populaire algérienne. Aujourd’hui, plusieurs artistes algériens font carrière sur le territoire français et popularisent cette musique un peu partout à travers le monde. Trois noms souvent cités à ce propos: Cheb Khaled, Faudel et Rachid Taha (ce dernier se dit davantage chanteur de rock, mais sa participation à quelques projets raï dont le méga spectacle 1, 2, 3 soleils a contribué à lui donner cette étiquette de chanteur de musique populaire algérienne).

Le raï qui se fait entendre à l’échelle mondiale s’est bien sûr formaté aux standards de la musique occidentale. Aussi, les métissages de toutes sortes sont désormais monnaie courante: certains font du pop-raï, d’autres y mêlent le rock, le rap… Bref, le raï qui se rend jusqu’à nos oreilles n’est plus ce qu’il était à ses débuts en Algérie, ni probablement ce qu’il est encore aujourd’hui dans cette région du monde qui l’a vu naître. Or, le passage à la scène occidentale, à la scène world, implique toujours une forme de standardisation. Si certains considèrent la scène des «Musiques du monde» comme une ouverture sur la diversité, d’autres parlent plutôt d’une entreprise d’homogénéisation. Or, il s’agit ici d’un débat qui dépasse largement le cadre du raï et qu’il sera certainement possible d’aborder dans une autre chronique…

Extraits entendus à l’émission Temps libre:

«T’kalam el bendir» de Cheikha Rimitti, notamment disponible sur le disque accompagnant le livre Le Raï: De la bâtardise à la reconnaissance internationale dans la collection «Musiques du monde» coéditée par La cité de la musique et Actes Sud.

 

 

 

 

 

 

«Didi» de Cheb Khaled, tiré de l’album Khaled lancé en 1992 sous étiquette Barclay.

 

 

 

 

«Ya Rayah»**, originalement de Dahmane El Harrachi, reprise notamment par Rachid Taha sur l’album Carte blanche lancé en 1997 sous étiquette Barclay.

 

 

 

 

 

**«Ya Rayah» appartient dans les faits au genre populaire algérien nommé chaâbi, mais le «raï» est devenu une étiquette souvent très inclusive et donc, «Ya Rayah» est une pièce  que l’on retrouve sur plusieurs compilations dites «de raï».**

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~ par lemondedansmesoreilles sur juillet 2, 2011.

2 Réponses to “Le raï – quelques points de repère”

  1. Parlant d’homogénéité, ces articles sont une mine de formules paresseuses qu’on retrouve dans tous nos journaux et magazines. On s’ennuie de Vialatte.

    • Bonjour Paul,
      Ces articles vous semblent peut-être user de formules conventionnelles (ou paresseuses si vous préférez), mais il s’agit d’abord et avant tout d’un blogue de vulgarisation sur la musique, pas d’un blogue de créations littéraires. Pour la relève de Vialatte, peut-être n’avez-vous tout simplement pas cogné à la bonne porte…
      Merci de votre visite.

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